A 1 560m d'altitude, bordé par trois imposants volcans (San Pedro 3 020 m, Tolimán 3 158 m et Atitlán 3 537 m), le lac Atitlán est réputé comme l'un des plus beaux lacs du monde. D'origine volcanique, c'est le lac le plus profond d'Amérique centrale avec une profondeur maximale probable de 350 mètres environ. D'une superficie de 130 km2, il fait 18 km de long sur environ 8 km de large et tout autour, une dizaine de villages mayas ont conservé leur mode de vie traditionnel.

Mais ce magnifique site est confronté à un problème majeur : il devient de plus en plus pollué par les déchets plastiques qui finissent dans le lac faute de collecte des ordures ménagères et par les eaux usées des maisons, hôtels et autres bâtiments qui se déversent sans traitement préalable. Seule la municipalité de San Pedro La Laguna a pris conscience du problème et instauré en 2016 un décret municipal interdisant l’usage des pailles, sacs plastiques et emballages polystyrènes, très utilisés en Amérique centrale pour la nourriture à emporter. Ici, la population fait ses courses avec des paniers, emballe les tortillas dans des torchons en tissu et la viande dans des feuilles de bananier et certains pêcheurs et habitants ramassent régulièrement les détritus du lac qui peuvent être recyclés dans le centre de tri créé par la commune. Depuis, deux ou trois autres villages ont suivi cet exemple. Voir cette petite vidéo.
San Pedro La Laguna est un village touristique d'environ 13 à 14 000 habitants qui s'étale au pied du volcan du même nom. Il est très apprécié des routards qui viennent ici prendre des cours d'espagnol dans ses écoles de langue de qualité et faire aussi bien sûr la fête (nombreux bars et restaurants). En s'éloignant un peu du centre, on peut néanmoins retrouver une atmosphère plus authentique et voir des femmes laver leur linge dans le lac.


Pour séjourner trois nuits au bord du lac Atitlán, nous avons opté pour le joli village tz'utujil de San Juan La Laguna, tranquille et très coloré, et on ne regrette pas notre choix. C'est un village d'artisans authentique où la communauté maya essaye de préserver les traditions et de développer un tourisme responsable par l'intermédiaire de nombreuses coopératives (tissage, peinture, café, cacao, miel) qui font vivre la population locale. Depuis 2007, à l'initiative de la coopérative des guides, les maisons se sont parées de fresques murales réalisées par des artistes volontaires et régulièrement renouvelées afin de valoriser le village. Un petit musée à ciel ouvert...
A San Juan, nous avons fait le premier matin (vendredi 7 février) une visite culturelle de 4 h très intéressante en compagnie de Pascual Tzep, dont le nom est indiqué dans le guide du Routard, sympathique guide officiel francophone que nous avions contacté de France par WhatsApp (+502 5575 4048). Coût : 200 Q/personne. Nous avons fait le tour du village et visité entre autres "Mundo de Abejas Mayas" une ferme apicole produisant du miel bio située calle Xakal, puis l'association de tissage Kemo qui propose des vêtements de grande qualité, l'atelier d'un peintre et pour finir la petite plantation de café 100% arabica attenante au café-restaurant San Juan, non loin du débarcadère. On peut y déguster un excellent café et nous avons aussi apprécié notre déjeuner.

A San Juan, nous avons assisté un dimanche midi à un entraînement d'ulama, jeu de balle maya appelé aussi jeu de pelote ou pok'ol pok qui remonte à environ 3 000 ans avant notre ère. Objectif : frapper une balle (en caoutchouc maintenant) de 3 à 4 kg sans les mains ni les pieds mais avec la hanche, les fesses et la faire entrer dans un anneau à 6 m de hauteur. C'est très physique et ça fait mal, la balle donne des bleus. Ce jeu interdit par les conquistadores car considéré comme sport rituel de fertilité agricole selon les chercheurs et qui a disparu pendant 500 ans est en train de renaître en Amérique latine et permet aux indigènes de retrouver leurs racines.

Surplombant le lac Atitlán et entouré de verdure, l'Eco Hotel Uxlabil offre une vue magnifique, son principal atout. Les chambres quant elles, donnant toutes sur une grande terrasse bien agréable, sont plutôt rustiques et les extérieurs ne sont malheureusement pas très bien entretenus. Le petit déjeuner est correct, sans plus. Il est possible de rejoindre le débarcadère de San Juan La Laguna à pied en 5 mn.
Voici une superbe rando, considérée comme facile par les locaux mais avec plein de grimpettes et descentes bien raides (nombreuses marches !) et sous le soleil, ça tape. Mieux vaut être en forme et posséder de solides genoux. Heureusement qu'il y a des passages ombragés. Mais ça vaut vraiment le coup, les points de vue sur le lac Atitlán et les volcans sont fabuleux. La première partie entre Santa Cruz et Jaibalito est assez empruntée par les touristes car courte et sans difficulté particulière, avec pas mal d'hébergements sur le chemin. Mais nous n'avons croisé pratiquement personne sur le second tronçon plus sauvage Jaibalito-Tzununá. A Tzununá, petit tuk-tuk pour rejoindre San Marcos où nous sommes tombés sur une manifestation de femmes contre un forage en cours de réalisation dans le village. Celui-ci ne nous a pas emballés avec sa longue ruelle de magasins de souvenirs menant de l'embarcadère à l'église et des touristes en quête de "zénitude" tous semblables, hippies, babas cool etc.
Dimanche matin 9 février, départ à pied de l'hôtel Uxlabil pour San Pedro. Une fois arrivés à l'entrée du village, on a pris un tuk-tuk (10 Q) qui nous a emmenés au muelle des lanchas pour Santiago Atitlán. Là, nous avons patienté 1/2 h en discutant avec une famille chilienne en vacances. Le bateau de 10 h est parti en fait vers 9 h 50 car il était plein (une quinzaine de personnes, 25 Q/pers l'aller). Une fois à Santiago, direction le mercado municipal, un grand bâtiment de trois étages qui grouille de monde, en se frayant un chemin dans la foule. Ça se bousculait à l'entrée, alors j'ai dit à une petite femme maya que je la suivais pour entrer à l'intérieur, ça l'a amusée. Moi, j'avais l'impression d'être une géante ! Le marché, c'est l'affaire des femmes, ce sont elles qui vendent et qui achètent. Peu d'hommes mais certains portent l'habit traditionnel.
A Santiago Atitlán, il est possible d'apercevoir des hommes portant le costume traditionnel maya des Tzutujils composé d'une chemise à carreaux, d'un pantalon ample à larges bandes blanches et fines rayures bleues ou pourpres maintenu par une large ceinture en tissu, sans oublier bien sûr le chapeau.
