Départ de Banaue sous les nuages vers 9 h ce lundi 2 février pour aller en van à Sagada, petite ville de montagne comptant 11 000 habitants et située à 65 km de Banaue (2 h 30 de route très sinueuse...). Quelque peu isolée à 1 500 m d'altitude, il n'y fait pas forcément très chaud, surtout la nuit venue, mais par chance, le ciel s'est éclairci quand nous sommes arrivés et c'est sous le soleil que l'on a pu se balader dans un bourg très animé ce jour pour cause de festival proposant diverses animations sportives et un marché. Ambiance festive plutôt sympa ! Et cette ville, avec ses montagnes environnantes, possède un certain charme.
Si certains touristes viennent dans le nord de Luçon pour les rizières de Batad et Banaue, peu font l'effort de monter jusqu'à Sagada, connue surtout pour les cercueils suspendus d'Echo Valley, à voir obligatoirement avec un guide. De fait, les habitants de cette petite ville pratiquent depuis plus de 2 000 ans un rite funéraire assez particulier hérité des peuples indigènes qui consiste à suspendre les cercueils (en bois) aux parois des falaises de la vallée au lieu de les enterrer. Pourquoi? Trois hypothèses sont avancées pour expliquer l'origine de cette tradition : parce que placés en hauteur, les esprits des défunts auraient plus de chance d'atteindre l'au-delà, parce que les Anciens avaient l'impression que leurs morts pouvaient ainsi continuer à voir le ciel, sentir le vent et veiller sur la famille ou enfin, parce qu'ils avaient simplement peur que les animaux ou les tribus de chasseurs de têtes ne déterrent les corps.

Il y a aussi des cercueils empilés dans des cavernes de la vallée, déposés jadis lorsque la population ne trouvait pas le temps et les moyens de les suspendre. Cette tradition de suspendre les cercueils à flanc de montagne est actuellement abandonnée, le dernier cercueil qui a été suspendu datant de 2010. De fait, nombreux sont les cercueils qui chutent de la falaise et les conditions climatiques de la région ne sont pas propices à leur bonne conservation en hauteur.

A Sagada, nous avons beaucoup apprécié notre déjeuner au restaurant Yoghurt House sur la South road (à noter que les Philippins mangent avec une cuillère et une fourchette et qu'il n'y a jamais de couteau). Et nous avons terminé agréablement notre journée avec un petit lemon tea au soleil couchant sur la terrasse surplombant les rizières de Kapay-aw du Gaia Cafe situé non loin de notre hôtel.
Notre hôtel à Sagada
Nous avons en revanche nettement moins apprécié notre chambre du très basique hôtel Hidden Ill Inn, la moins chère de notre séjour (19 € la nuit), qui s'est révélée plus que rudimentaire et déjà occupée par des colonies de fourmis en haut des murs avec une salle de bain minimaliste, pas de rideaux au-dessus d'un lit étroit, pas de drap de dessus ni assez de couvertures. Difficiles d'accès, les bâtiments quant à eux sont aussi bien laids et un peu éloignés du centre. Seule la vue sur les montagnes est plutôt chouette.
Nous avons quitté Sagada et la montagne le mardi 3 février pour rejoindre Vigan, située à 196 km, plus au nord de l'île de Luzon. Pas moins de 4 h rien que pour descendre les 110 km jusqu'au littoral, avec juste une petite pause café dans le village de Cervantes. Ensuite, les 85 km restants ont littéralement été "avalés" en 2 h sur la route principale bien droite longeant la mer. On n'était jamais allé aussi vite ! De fait, ça roule tellement lentement dans ce pays qu'il y a régulièrement des chiens sur la chaussée, parfois endormis, qu'il faut déloger en klaxonnant. On doit également souvent ralentir, voire parfois carrément s'arrêter et patienter pour cause de travaux suite à des éboulements. Mais les paysages de montagne étaient somptueux à voir.
Les Philippines, seul pays d'Asie à dominante chrétienne, a été colonisé par les Espagnols pendant plus de 300 ans à partir de 1565 (puis acheté par les Américains en 1898 ce qui explique que l'anglais soit la 2ème langue officielle). La vieille ville de Vigan, fondée au XVIe siècle, classée à l'Unesco et offrant une belle architecture coloniale, est un véritable témoignage de cette période historique fort heureusement épargné lors de la Seconde Guerre mondiale. J'y ai retrouvé avec plaisir un peu l'ambiance des villes d'Amérique latine. Un vrai plaisir de flâner dans les rues au soleil couchant sous une douce température de 28°. On a ensuite passé une chouette soirée en assistant à 19 h 30 à un spectacle son et lumière gratuit sur la grande fontaine de la plaza Salcedo puis en dînant sur la terrasse du Café Leona.
La rue la plus connue de Vigan est la Calle Crisologo, une rue pavée bien conservée, bordée de maisons coloniales ancestrales.
Après une bonne nuit dans le très bel hôtel Veneto de Vigan (lit King size confortable), nous avons consacré notre matinée du mercredi 4 février à la découverte du grand marché public de Vigan et à la visite (gratuite) de deux intéressants musées installés dans de belles anciennes demeures coloniales. Nous n'avons croisé aucun touriste au marché où commerçants comme clients se sont montrés curieux, nous abordant pour nous demander de quel pays nous venions. Les Philippins ont la réputation d'être d'une extrême gentillesse et c'est indéniable. Une marchande nous a même proposé spontanément de nous prendre en photo. Les deux musées (Crisologo et Burgos) nous ont permis quant à eux d'en apprendre un peu plus sur l'histoire des Philippines. Vigan mérite vraiment le détour.
Le musée du Padre Burgos est installé dans l'ancienne demeure du martyr Padre José Burgos, exécuté par les Espagnols en 1872. On peut y voir entre autres 14 peintures d'Esteban Villanueva réalisées en 1821 qui évoquent la révolte Basi de 1807, le basi étant un vin de canne à sucre. Nous avons pu voir des reproductions de ces peintures accompagnées d'un texte explicatif dans un hall de l'hôtel Veneto de Vigan.